Dans ce chapitre, nous allons poursuivre notre exploration de la Bataille de Kurukshetra, qui en est maintenant à son 14e jour, l’un des jours les plus dramatiques de cette bataille, riche en événements qui bouleversent les règles établies de la guerre.
La Bataille de Kurukshetra, qui oppose les Pandavas aux Kauravas, est interprétée symboliquement comme une lutte intérieure entre les forces du bien et du mal, entre la spiritualité et l’attachement matériel. Chaque personnage représente des aspects spécifiques de la psyché humaine et de notre quête spirituelle. Cette guerre est bien plus qu’un simple conflit terrestre ; elle est le reflet de la lutte interne pour la libération spirituelle.
Cette étude en 24 chapitres (sommaire) s’appuie sur l’excellente chaine YouTube de Saiganesh Sairaman.
Bhishma : symbole de l’ego et du renoncement
Au début de la guerre, Bhishma, le grand patriarche des Kauravas, mène les troupes avec une stratégie et une force inégalées. Cependant, après plusieurs jours de combat acharné, Bhishma est gravement blessé par Arjuna, l’un des héros Pandava, et Shikhandi, un personnage non-binaire, incarnation de la vengeance. Bhishma symbolise l’ego qui a finalement été vaincu.
Malgré la chute de Bhishma, la guerre continue, menée par d’autres forces matérialistes et désirs persistants représentés par les alliés de Duryodhana. Bhishma, allongé sur son lit de flèches, devient un témoin silencieux de l’intensification du conflit.
L’entrée de Karna sur le champ de bataille : l’attachement au bonheur matériel
Avec Bhishma hors de combat, Karna, l’un des personnages les plus complexes de l’épopée, entre en scène. Karna est souvent vu comme un symbole de l’attachement au bonheur terrestre et de la quête incessante de satisfaction dans le monde matériel. Il est déterminé à prouver sa valeur. Sa loyauté envers Duryodhana et son désir de reconnaissance en font un personnage tragique, constamment tiraillé entre ses aspirations spirituelles et ses attachements terrestres.
Après la chute de Bhishma, Drona prend le commandement des forces Kauravas. Drona représente les schémas d’habitudes profondément ancrés, les conditionnements passés qui dictent souvent notre comportement. Il est le maître d’arme des deux camps, ayant enseigné aux Pandavas et aux Kauravas, ce qui rend son rôle encore plus complexe et émotionnellement chargé. Les Pandavas, malgré leur opposition, ont du mal à l’attaquer directement en raison du respect qu’ils lui doivent.
La mort tragique d’Abhimanyu : symbole de la transcendance incomplète
Le 13e jour de la bataille, Abhimanyu, le jeune fils d’Arjuna, réussit à pénétrer une formation militaire complexe créée par les Kauravas, connue sous le nom de Chakravyuha. Abhimanyu est un symbole de la transcendance de soi, représentant la capacité de percer les voiles de l’illusion et de s’élever au-dessus du plan matériel. Cependant, bien qu’il sache comment transcender, il n’est pas suffisamment ancré pour rebrousser chemin, ce qui le rend vulnérable.
Isolé à l’intérieur de cette formation complexe, Abhimanyu est pris au piège. Les Kauravas exploitent sa situation désavantageuse en le submergeant. Malgré les règles strictes de la guerre, qui interdisent d’attaquer un guerrier désarmé ou tombé de son char, plusieurs chefs Kauravas, y compris Duryodhana, Karna, Shakuni et Drona, se liguent contre lui et finissent par le tuer. La mort d’Abhimanyu marque une rupture dans les codes moraux de la guerre. Les règles sont ignorées, et ce moment symbolise un tournant décisif, où l’ordre et la justice commencent à se désagréger.
Arjuna, profondément affecté par la mort de son fils, fait alors le serment de se venger. Il jure de tuer Jayadrata, le roi qui l’a distrait et la empêchéde protéger son fils. Le 14e jour devient ainsi un jour de vengeance pour Arjuna.
Jayadrata et la peur de la mort : le symbolisme du 14e jour
Le 14e jour de la bataille commence avec Arjuna déterminé à accomplir son serment de tuer Jayadrata avant la fin de la journée, faute de quoi il promet de se suicider. Jayadrata, quant à lui, représente la peur de la mort et l’attachement au corps physique. Son comportement illustre cette peur : au lieu de combattre sur le champ de bataille, il se cache, terrifié à l’idée de faire face à Arjuna. Tout au long de la journée, Arjuna cherche désespérément Jayadrata, mais ne parvient pas à le trouver.
Alors que le soleil commence à se coucher et qu’Arjuna se prépare à tenir son serment, Krishna, le guide spirituel d’Arjuna, intervient de manière astucieuse. Il cache temporairement le soleil, donnant l’impression que la journée est déjà terminée. Jayadrata, croyant que le temps de la bataille est écoulé, sort de sa cachette pour savourer ce qu’il pense être la défaite imminente d’Arjuna. À ce moment précis, Krishna dissipe l’illusion, révélant que le soleil est toujours visible et que la bataille n’est pas encore terminée. Il ordonne alors à Arjuna de tirer une flèche, et Jayadrata est tué sur-le-champ.
Cette ruse de Krishna, bien que controversée pour certains, souligne un thème essentiel de l’épopée : dans notre quête spirituelle, l’intervention divine est nécessaire pour surmonter les obstacles insurmontables du plan matériel. Sans l’aide de Krishna, Arjuna n’aurait pas pu accomplir sa mission.
La destruction des règles de la guerre et le début du Kali Yuga
Le Mahabharata, en tant que texte mythologique, symbolise la transition du Dvapara Yuga au Kali Yuga, deux grandes ères du cycle cosmique. Cette transition est marquée par une détérioration du dharma (la justice et l’ordre moral), reflétée dans la rupture des codes de conduite sur le champ de bataille. Alors que la guerre se poursuit, les principes moraux qui régissaient autrefois les conflits s’effondrent.
Ce déclin symbolique se manifeste par la manipulation des règles par Krishna. Parfois, la victoire doit être obtenue non par des moyens équitables, mais en tordant les règles pour assurer le triomphe du bien.
La colère des Kauravas et l’apparition de Ghatotkacha
Après la mort de Jayadrata, les Kauravas sont furieux. Ils voient l’intervention de Krishna comme une trahison flagrante, une manipulation injuste des règles de la guerre. La bataille prend une tournure encore plus brutale. Les règles de la guerre sont désormais complètement éclipsées par le désir de vengeance et de destruction.
La même nuit, un autre personnage clé entre en scène : Ghatotkacha, le fils de Bhima et d’une princesse Rakshasa (une créature demi-démoniaque). Ghatotkacha, issu d’un mélange de lignée royale et de forces terrestres primordiales, est un guerrier redoutable doté de pouvoirs surnaturels. Krishna envoie Ghatotkacha attaquer les Kauravas pendant la nuit, un acte qui va à nouveau à l’encontre des règles traditionnelles de la guerre, qui interdisent le combat après le coucher du soleil.
Cette attaque nocturne a un objectif stratégique précis. Karna, le grand héros des Kauravas, possède une arme divine d’une puissance immense, capable de tuer n’importe qui sur le champ de bataille. Krishna sait que si cette arme est utilisée contre Arjuna, cela pourrait signifier la défaite des Pandavas. En envoyant Ghatotkacha attaquer les Kauravas la nuit, Krishna force Karna à utiliser cette arme pour tuer Ghatotkacha, neutralisant ainsi la plus grande menace qui pèse sur Arjuna.
Ghatotkacha, conscient de son rôle dans cette guerre cosmique, se sacrifie volontairement.Dans la quête spirituelle, il est parfois nécessaire de renoncer à son propre bien-être pour assurer le succès de la mission divine.
La chute de Drona : le maître des armes succombe à la tromperie
Le quinzième jour de la bataille de Kurukshetra marque l’une des chutes les plus tragiques. Drona, le maître inégalé des arts martiaux continue d’infliger des pertes considérables aux Pandavas. Sa maîtrise des armes est si redoutable que les Pandavas se retrouvent une nouvelle fois acculés. Drona, par sa présence, symbolise l’incarnation du conditionnement et des habitudes enracinées qui sont difficiles à surmonter, même pour ceux qui sont sur le chemin de la spiritualité.
Les Pandavas, malgré leur respect pour leur ancien maître, savent qu’ils ne peuvent remporter la guerre tant que Drona reste invaincu. Cependant, vaincre Drona par la force est impossible. C’est alors que Krishna, encore une fois, intervient avec une ruse, prouvant que la guerre nécessite parfois de contourner les règles établies pour triompher du mal.
L’art de la tromperie : le stratagème de Krishna
Krishna, sait que Drona est invincible tant qu’il garde son esprit calme et concentré. Le seul moyen de le vaincre est de l’ébranler émotionnellement. Krishna sait que l’attachement de Drona à son fils Ashwatthama est son plus grand point faible. Utiliser cet attachement devient donc la clé pour déstabiliser le maître des armes.
Krishna propose alors un plan audacieux : répandre la rumeur que le fils de Drona, Ashwatthama, est mort. Les Pandavas sont réticents à l’idée de mentir, car ils respectent encore leur ancien maître. Yudhishthira, en particulier, est connu pour être vertueux et véridique.
Bhima, le deuxième des Pandavas, tue un éléphant nommé Ashwatthama. Puis, conformément au plan de Krishna, il annonce: « Ashwatthama est mort ». Drona, entendant ces mots, est bouleversé. Cependant, il ne peut croire pleinement à la mort de son fils sans confirmation. Il se tourne alors vers Yudhishthira, sachant que ce dernier ne ment jamais.
Yudhishthira, pris entre son engagement à la vérité et son devoir de vaincre Drona pour le bien de la guerre, se résout à dire une demi-vérité. Il déclare : « Ashwatthama est mort », mais ajoute à voix basse : « l’éléphant ». Dans le tumulte de la bataille, Drona n’entend pas cette précision. Yudhishthira, d’ailleurs, voit son char légèrement descendre vers le sol après cette déclaration, symbolisant la perte de sa pureté morale, bien qu’il n’ait pas menti en termes absolus.
La chute émotionnelle de Drona
En entendant que son fils est mort, Drona est accablé de douleur. Son esprit, habituellement clair et imperturbable, est submergé par la tristesse et le désespoir. Il abandonne son arc, renonce à se battre, et s’assoit en méditation sur le champ de bataille.
C’est à ce moment que Dhrishtadyumna, le fils de Drupada et le commandant en chef des Pandavas, voit une opportunité. Depuis sa naissance, Dhrishtadyumna est destiné à tuer Drona, en raison de la querelle ancienne entre leurs familles. Il s’approche de Drona, désormais désarmé et plongé en méditation et le décapite. Cette action, bien que nécessaire pour les Pandavas, est controversée et va à l’encontre des règles sacrées de la guerre.
La ruse et la tromperie ont été nécessaires pour vaincre Drona, soulignant la complexité de la guerre de Kurukshetra où le dharma (le devoir) et l’adharma (l’absence de justice) s’entremêlent de manière inextricable.
Le poids des conséquences : les remords des Pandavas
Après la mort de Drona, la guerre continue, mais le sentiment de triomphe est assombri par la culpabilité. Yudhishthira, en particulier, est profondément affecté par la manière dont Drona a été vaincu. Même les actions nécessaires à la victoire laissent une empreinte de douleur et de regret.
Krishna, cependant, rappelle à Yudhishthira et aux autres Pandavas que la guerre de Kurukshetra est une bataille cosmique entre le bien et le mal, et que parfois, pour restaurer le dharma, il faut adopter des moyens qui ne semblent pas toujours justes aux yeux des hommes. Krishna souligne que l’intention derrière les actions compte autant, sinon plus, que les actions elles-mêmes.
Le crépuscule des Kauravas : la colère de Duryodhana
Duryodhana, qui a déjà perdu Bhishma, et maintenant Drona, se sent acculé. Sa colère et son désespoir grandissent de jour en jour. Avec chaque général qui tombe, l’issue de la guerre semble de plus en plus incertaine pour lui. Cependant, il n’est pas du genre à abandonner facilement, il reste déterminé à conserver le trône de Hastinapura.
Duryodhana se tourne de plus en plus vers Karna pour mener la charge. Ce dernier, fidèle allié de Duryodhana, prend alors le commandement des forces Kauravas. Cependant, Karna lui-même est marqué par une grande tragédie personnelle : bien qu’il soit du côté des Kauravas, son véritable lien de sang avec les Pandavas reste inconnu de tous, sauf de Krishna. Karna est le frère aîné des Pandavas, né de Kunti avant son mariage. Ce secret ajoute une dimension tragique à son rôle dans cette guerre.
Le dernier commandement de Karna
Malgré les nombreuses pertes subies par les Kauravas, Karna reste une menace redoutable pour les Pandavas. Il possède des compétences martiales qui rivalisent avec celles d’Arjuna, et son dévouement à Duryodhana est inébranlable. Cependant, Karna porte le poids de plusieurs malédictions qui pèseront lourdement sur son destin. L’une de ces malédictions provient de Parashurama, son maître, qui l’a maudit après avoir découvert qu’il avait menti sur son origine pour recevoir son enseignement. Parashurama, découvrant que Karna n’était pas un brahmane comme il le prétendait, mais un kshatriya (guerrier), l’avait assuré qu’il oublierait l’incantation pour invoquer son arme divine à l’heure où il en aurait le plus besoin…
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| Mahabharata, Drona Parva (7.159-164) :
Mahabharata, Drona Parva (7.159-164) Sur le champ de Kurukshetra, la guerre faisait rage, Mais Krishna, le sage, vit le point faible du maître, Les Pandavas ourdirent un plan, cruel mais juste, Drona, le cœur lourd, demanda à Yudhishthira, Drona, son esprit accablé par la douleur, Dhrishtadyumna, né pour ce moment, Ainsi Drona quitta ce monde, |












