Qui est Shantanu, Ganga a-t-elle vraiment tué ses fils? | Mahabharata (2)

Le Mahabharata n’est pas seulement un récit historique, mais un guide spirituel intemporel qui éclaire les aspects les plus subtils de la vie intérieure. L’accent se doit d’être mis sur la nécessité de comprendre ce récit au-delà des apparences littérales, en cherchant les significations spirituelles cachées qui résonnent encore aujourd’hui dans notre cheminement spirituel. Cette étude en 24 chapitres (sommaire) s’appuie sur l’excellente chaine YouTube de Saiganesh Sairaman.


L’approche allégorique pour saisir les profondeurs spirituelles du texte est essentielle. Shantanu incarne l’esprit transcendantal, au-delà de la création, tandis que Ganga symbolise la première vibration de la conscience cosmique, représentant la création elle-même à travers le son primordial « Om ».

Le récit du Mahabharata
L’histoire commence par une tradition orale transmise de génération en génération. Vyasa, considéré comme l’auteur originel, a composé le Mahabharata. Il a enseigné le récit à son disciple Vaisampayana qui l’a ensuite raconté au roi Janamejaya lors d’un sacrifice du serpent. Et le barde Ugrasrava Sauti (ou Suta) a entendu le récit lors de ce sacrifice et l’a plus tard raconté à un groupe de sages dirigé par Saunaka dans la forêt de Naimisha.

L’histoire de Shantanu et Ganga
L’intrigue débute avec le roi Shantanu, souverain de la dynastie lunaire, qui règne sur le royaume d’Hastinapura. Shantanu représente l’esprit au-delà de la création, un état de pure immobilité cosmique avant toute manifestation.

Un jour, Shantanu rencontre Ganga, une femme d’une beauté divine qui personnifie le fleuve sacré du même nom. Séduit par sa grâce, il lui propose le mariage. Ganga accepte, mais pose une condition étrange : Shantanu ne devra jamais questionner ses actions, quoi qu’il advienne.

Ils se marient, et à la surprise du roi, à chaque naissance, Ganga noie leurs enfants dans les eaux du fleuve. Déchiré par le chagrin, Shantanu reste silencieux par respect pour sa promesse. Ce n’est qu’après la naissance de leur huitième enfant qu’il décide d’intervenir, l’empêchant de noyer cet enfant. C’est alors que Ganga lui révèle la vérité : les sept premiers enfants étaient en réalité des âmes célestes réincarnées, destinées à être libérées de leur cycle terrestre par ce rituel. Le huitième enfant, nommé Devavrata, est destiné à vivre sur Terre et jouera un rôle central dans l’épopée sous le nom de Bhishma.

Symbolisme et analyse
Cette histoire porte une symbolique profonde. Shantanu incarne l’esprit transcendantal, au-delà de la création, tandis que Ganga symbolise la première vibration de la conscience cosmique, représentant la création elle-même à travers le son primordial « Om ». Les sept premiers enfants, qui sont sacrifiés, représentent les intelligences gouvernant les différents plans de l’existence — physique, astral et causal. Ces sacrifices symbolisent la dissolution de ces aspects subtils dans l’unité cosmique.

Le huitième enfant, Devavrata, qui devient plus tard Bhishma, représente l’ego ou « ahankara ». Dans cette perspective, Bhishma incarne l’identification de la conscience individuelle avec le corps, l’esprit et l’intellect, créant ainsi l’illusion de la séparation d’avec la conscience universelle. C’est cet ego qui constitue le noyau du drame spirituel de l’existence humaine, et sa présence dans le récit souligne le rôle central que joue cette identification erronée dans le développement de l’épopée.

L’histoire de Shantanu et Satyavati
Après le départ de Ganga, Shantanu rencontre Satyavati, une jeune fille de pêcheur d’une beauté envoûtante, célèbre pour son parfum naturel. Envoûté, Shantanu souhaite l’épouser, mais le père de Satyavati impose une condition : seuls les enfants issus de cette union pourront hériter du trône d’Hastinapura. Cette exigence met Shantanu dans une position difficile, car il a déjà désigné Devavrata, son fils bien-aimé, comme héritier légitime.

Voyant la souffrance de son père, Devavrata décide de prendre les choses en main. Il rencontre le père de Satyavati et lui promet que non seulement il renoncera au trône, mais il fera également vœu de célibat pour s’assurer qu’aucun de ses descendants ne revendique jamais le royaume. Impressionné par ce sacrifice, le père de Satyavati accepte l’union. Devavrata gagne ainsi le nom de Bhishma, signifiant « celui qui a fait un vœu terrible ». Ce geste de renoncement incarne un sacrifice ultime de l’ego, une étape essentielle dans le cheminement spirituel.

Conclusion
Bhishma est un personnage central dans le Mahabharata. En tant que représentation de l’ego, il est au cœur du conflit qui structure toute l’épopée. Le Mahabharata, en effet, n’est pas seulement une histoire de rois et de batailles, mais une allégorie de la lutte intérieure entre les forces spirituelles et matérielles. Le prochain chaiptre: Bhishma comme symbole du « Grand Ego »  explore plus en détail le personnage de Bhishma et son rôle crucial dans le récit, ainsi que sa signification profonde.

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Mahabharata, Adi Parva (1.90-93) :

Shantanu, le roi bienveillant, errant dans la forêt,
Rencontra la déesse du fleuve, resplendissante et gracieuse.
Ses yeux étaient comme des lotus en pleine floraison,
Son sourire doux, ses manières d’une élégance divine.

Captivé par sa beauté, son cœur plein d’amour,
Il s’approcha d’elle, le roi aux bras puissants,
Et lui demanda doucement, d’une voix basse et calme,
« Ô belle dame, es-tu déesse, nymphe ou mortelle ? »

La rivière Ganga, vêtue de lumière argentée,
Répondit au roi avec douceur et dignité :
« Ô roi, je suis Ganga, la fille des cieux,
Descendue sur terre pour purifier les mortels. »

Le roi Shantanu, subjugué par son éclat,
Lui fit alors une proposition, empli d’amour :
« Ô déesse, si cela te plaît, deviens ma reine,
Que notre union bénisse cette terre pour toujours. »

Ganga sourit et accepta la demande royale,
Mais elle posa une condition, simple mais fatale :
« Ne questionne jamais mes actes, ô noble roi,
Sinon, je partirai, et notre amour se détruira. »

Ainsi, Shantanu et Ganga s’unirent en mariage,
Et pendant un temps, ils vécurent heureux,
Mais un sombre destin attendait leurs enfants,
Un secret que Ganga gardait dans son cœur silencieux

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