Dans ce troisième épisode de la série sur le Mahabharata, nous nous retrouvons au cœur de l’histoire. Avant de continuer, un bref récapitulatif s’impose pour bien saisir l’enchaînement des événements. L’épisode précédent (2) a débuté avec l’histoire de Shantanu, roi de Hastinapura, qui épouse la déesse céleste Ganga.
Ensemble, ils ont huit fils, mais les sept premiers meurent à la naissance. Le seul enfant survivant est Devavrata, un grand prince et guerrier, que Shantanu choisit comme héritier de son royaume. Après le départ de Ganga, Shantanu tombe à nouveau amoureux, cette fois de Satyavati, une jeune femme d’une beauté envoûtante. Cependant, le père de Satyavati refuse d’accorder la main de sa fille en mariage à Shantanu, craignant que les enfants de son union avec Satyavati ne soient pas traités de la même manière que Devavrata.
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Le sacrifice de Bhishma
Devavrata, ne pouvant supporter de voir son père dans la tristesse, décide d’agir. Il va à la rencontre du père de Satyavati pour trouver une solution. Rapidement, il comprend qu’il n’y a pas d’issue simple : le père de Satyavati exige que Devavrata renonce à son droit au trône pour que les enfants de Satyavati puissent hériter du royaume. Devavrata, étant d’une nature noble et divine, prend alors une terrible décision. Il renonce à tout droit qu’il pourrait avoir sur le trône d’Hastinapura et abdique de son statut de prince héritier.
Mais le père de Satyavati ne s’arrête pas là. Inquiet que Devavrata puisse un jour se marier et avoir des enfants, créant ainsi un conflit potentiel avec les descendants de Satyavati, il exige une assurance supplémentaire. Devavrata, prenant un second vœu encore plus grave, jure de rester célibataire toute sa vie. Ce vœu de célibat à vie est un sacrifice immense, surtout pour un prince destiné à régner sur un grand royaume. Ce renoncement complet à une vie de plaisir personnel marque un tournant dans l’histoire. C’est à ce moment qu’il gagne le nom de Bhishma, qui signifie « celui qui a pris un vœu terrible ». Ce sacrifice permet finalement à Shantanu d’épouser Satyavati.
La réaction du royaume
Cette nouvelle réjouit Shantanu, mais est également teintée d’amertume. En effet, bien que son mariage avec Satyavati soit désormais possible, son fils bien-aimé ne pourra pas lui succéder. Les ministres et les anciens du royaume sont également préoccupés par cette situation. Ils comptaient sur Bhishma pour devenir le roi, et maintenant, l’avenir du royaume semble incertain. Qui sera le prochain roi ? Que deviendra le royaume sous la direction des futurs enfants de Satyavati ? Face à ces inquiétudes, Bhishma prend un autre engagement : il jure de protéger le royaume d’Hastinapura jusqu’à ce que les fils de Satyavati soient prêts à gouverner. Il promet de veiller sur le trône et de toujours agir pour le bien du royaume.
Bhishma et l’égo
C’est ici que commence réellement l’histoire du Mahabharata. Bhishma, représente ahankara, c’est-à-dire l’identification de l’âme avec le corps, l’esprit et l’intellect, ce qui crée l’illusion de la séparation. Dès que la création est manifestée, cette illusion d’individualité apparaît, et Bhishma incarne cette identification erronée. Il est la graine à partir de laquelle toute l’histoire se développe. Sans cette auto-identification, rien ne se passe ; il n’y aurait pas de récit.
Selon Yogananda, le vœu de Bhishma est un moment crucial dans la quête spirituelle. L’ego, ou ahankara, ne peut s’étendre au-delà de lui-même ; il ne peut inclure une réalité plus vaste tant qu’il reste attaché à l’identification avec le corps et l’esprit. C’est pour cette raison que Bhishma mène une vie de célibataire, renonçant à tout plaisir personnel. Le royaume qu’il s’engage à protéger représente le corps, tout ce que l’ego chérit et protège. Pourtant, malgré ses aspects négatifs, l’ego joue un rôle essentiel dans la quête spirituelle. Il est à la fois l’obstacle à surmonter et la force motrice qui pousse l’âme à chercher quelque chose de plus grand.
Le vœu et le destin de Bhishma
Le vœu de Bhishma, bien que noble, est aussi la graine du grand conflit à venir. En renonçant aux plaisirs personnels et en se consacrant à quelque chose de plus grand que ses propres besoins, Bhishma marque le début du voyage spirituel. C’est à ce moment-là que commence la véritable quête de la réalisation de soi, un chemin qui implique de transcender les limites de l’ego pour atteindre une réalité supérieure. L’ego, en tant que force individualisante, est à la fois l’ami et l’ennemi dans ce processus. Il maintient l’âme dans l’illusion de la séparation, mais il est aussi le moteur qui pousse à chercher l’union avec le divin.
L’ego/Bhishma ne peut être détruit par quelqu’un d’autre. Tout comme Shantanu accorde à Bhishma le pouvoir de choisir le moment de sa mort, l’ego ne peut être transcendé que par un acte volontaire de renoncement. C’est une décision personnelle de l’âme de s’offrir elle-même, de renoncer à ses identifications pour s’unir à une réalité plus vaste.
Conclusion
Bhishma est un personnage complexe et central dans le Mahabharata. Il incarne l’ego, la force individualisante qui crée l’illusion de la séparation, mais il est aussi celui qui, par son vœu, amorce le chemin vers la transcendance. Son histoire est celle de l’ego qui, bien qu’indispensable pour fonctionner dans le monde, doit être dépassé pour atteindre une réalisation spirituelle plus élevée. Bhishma est à la fois le héros et la cause du conflit dans l’épopée, symbolisant la dualité de l’ego : à la fois un ami nécessaire et un ennemi à dépasser.
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| Mahabharata, Adi Parva (1.102-103):
Dans l’assemblée des rois, debout comme un lion, ‘Je renonce à la couronne, à la gloire du trône, Les dieux eux-mêmes, stupéfaits par ce serment, Ainsi, par ce vœu terrible, Bhishma se sacrifia, |












