Les différentes sectes du Jaïnisme : Shvetambara et Digambara

Au cours de son histoire, le Jaïnisme a connu des divisions, la plus importante étant la séparation entre les deux principales sectes : Shvetambara et Digambara. Cette division, dont les origines remontent à plusieurs siècles, porte principalement sur des divergences concernant la pratique ascétique, l’interprétation des textes sacrés et le statut des femmes.

Origines de la division

Les divergences entre les futurs Shvetambaras et Digambaras commencèrent à apparaître plusieurs siècles après le Mahavira, notamment autour de la question de la nudité des ascètes. Une partie de la communauté, menée par Bhadrabahu, émigra vers le sud de l’Inde en raison d’une famine sévère. Durant cette période, les ascètes continuèrent à pratiquer la nudité intégrale. L’autre partie, restée au nord, adopta le port de vêtements blancs sous la direction de Sthulabhadra.

Au retour du groupe du sud, des divergences importantes s’étaient installées, notamment sur la pratique de la nudité, la possession d’objets par les moines et l’authenticité de certains textes. Ces divergences aboutirent à une séparation formelle, donnant naissance aux deux sectes : Digambara (« vêtus d’espace », c’est-à-dire nus) et Shvetambara (« vêtus de blanc »).

Ellora, cave 33, Digambar Jain guru (9841591645)Les Digambaras : la voie de la nudité et de l’ascétisme rigoureux

Les Digambaras prônent un ascétisme extrêmement rigoureux, basé sur l’idéal de renoncement total au monde matériel. Leur caractéristique la plus distinctive est la nudité complète des moines, symbole de détachement absolu. Ils considèrent que le port de vêtements, même minimes, constitue un attachement et un obstacle à la libération.

Illustration: Arian Zwegers from Brussels, Belgium, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

D’autres points importants distinguent les Digambaras :

  • Le statut des femmes : les Digambaras estiment que les femmes ne peuvent atteindre la libération dans leur corps actuel et doivent renaître en tant qu’hommes pour y parvenir.
  • La possession d’objets : les moines Digambaras ne possèdent aucun bien matériel, à l’exception d’un balai en plumes de paon (pour écarter les insectes sans les blesser) et d’une gourde pour l’eau.
  • La nature des Tirthankaras : les Digambaras considèrent que les Tirthankaras, une fois l’omniscience atteinte, ne ressentent plus les besoins humains tels que manger, boire ou dormir. Ils sont représentés nus et sans ornements.
  • Les textes sacrés : les Digambaras rejettent l’authenticité des textes canoniques Shvetambaras, considérant que les enseignements originaux ont été perdus. Ils s’appuient sur des textes plus tardifs, tels que les écrits de Kundakunda.

Acharya Shri Chandanaji - CompassionLes Shvetambaras : la voie du vêtement blanc et d’une approche plus souple

Les Shvetambaras, quant à eux, autorisent le port de vêtements blancs pour les moines et les nonnes. Ils considèrent que le vêtement n’est pas un obstacle insurmontable à la libération et qu’il peut même être une protection contre les intempéries.

Illustration: Anupriya19 at English Wikipedia, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

D’autres différences notables caractérisent les Shvetambaras :

  • Le statut des femmes : les Shvetambaras acceptent la possibilité pour les femmes d’atteindre la libération dans leur corps actuel.
  • La possession d’objets : les moines Shvetambaras peuvent posséder quelques objets, tels qu’un bol pour les offrandes, un bâton et un tissu pour recouvrir leur bouche (Muhapatti).
  • La nature des Tirthankaras : les Shvetambaras considèrent que les Tirthankaras, même après avoir atteint l’omniscience, continuent à avoir des besoins humains. Ils sont représentés portant un pagne et ornés de bijoux.
  • Les textes sacrés : les Shvetambaras reconnaissent l’authenticité d’un canon composé de plusieurs textes, compilés lors de conciles.

Un héritage commun malgré les divergences

Malgré ces différences importantes, les deux sectes partagent les mêmes fondements doctrinaux, tels que la croyance en la réincarnation, la loi du karma, l’importance de l’Ahimsa et la quête de la libération. Les deux traditions vénèrent les mêmes Tirthankaras et s’efforcent de suivre leurs enseignements.

Illustration en vignette de cet article: British Library, Public domain, via Wikimedia Commons

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