Le dix-septième jour de la Bataille de Kurukshetra est marqué par un tournant décisif : la mort de Karna, un personnage à la fois héroïque et tragique. Ce jour-là, Karna est nommé commandant en chef de l’armée des Kauravas, après que plusieurs figures majeures de leur camp aient déjà succombé, notamment Bhishma, tombé mais encore en vie, et Drona.
Karna est un personnage complexe, souvent décrit comme un héros méconnu. Il incarne cette figure noble qui, malgré sa loyauté envers le camp des Kauravas, semble toujours être confronté à l’injustice. Sa vie est une succession d’épreuves, marquée par une quête incessante de bonheur et de reconnaissance sur le plan terrestre, une quête que nous pouvons tous comprendre et partager d’une manière ou d’une autre.
Cette étude en 24 chapitres (sommaire) s’appuie sur l’excellente chaine YouTube de Saiganesh Sairaman.
Karna : un héros tragique
Karna est souvent considéré comme « le bon gars du mauvais camp ». Bien qu’il soit du côté des Kauravas, son caractère et ses actions reflètent une noblesse d’âme qui le distingue. Il est profondément loyal à Duryodhana, qui l’a toujours traité comme un égal malgré son statut social initial. Cependant, cette loyauté le place en opposition avec les Pandavas, ses demi-frères.
Ce jour-là, alors que Karna mène les troupes, une altercation éclate entre lui et Shalya, le conducteur de son char. Shalya, qui n’apprécie pas les critiques de Karna, finit par abandonner son rôle et quitte le champ de bataille. Karna se retrouve alors dans une situation désespérée lorsque son char s’enlise dans la boue. Tandis qu’il descend du char pour essayer de le dégager, il se retrouve désarmé et vulnérable.
À ce moment critique, Arjuna, poussé par Krishna, attaque Karna. Cette attaque enfreint les règles traditionnelles de la guerre, car Karna, étant désarmé et incapable de se défendre, aurait dû être épargné selon les conventions. Cependant, Krishna, en tant que guide spirituel d’Arjuna, lui ordonne de tirer, affirmant que Karna doit être tué pour mettre fin à cette guerre. Arjuna, réticent, obéit et tue Karna.
Dans certaines versions du Mahabharata, la fin de Karna est adoucie. Alors que Karna agonise sur le champ de bataille, transpercé par les flèches d’Arjuna, Krishna vient à sa rencontre. Déguisé en vieux brahmane, Krishna demande à Karna de lui offrir en charité tout le karma qu’il a accumulé tout au long de sa vie. Karna, fidèle à sa réputation d’homme généreux, accepte sans hésitation et donne tout son karma, à la fois le bon et le mauvais. Ce geste désintéressé permet à Karna d’atteindre les cieux les plus élevés après sa mort. Krishna, absorbant tout le karma de Karna, le libère de ses actions passées, le menant ainsi à la libération ultime.
L’injustice de la vie terrestre
La mort de Karna illustre une vérité fondamentale de l’histoire du Mahabharata : ce que nous voyons dans cette vie terrestre n’est qu’une partie de l’histoire. Le succès ou l’échec tel que perçu sur ce plan matériel n’est pas le reflet complet de la justice divine. Karna, malgré toutes ses qualités et sa noblesse, a dû faire face à une vie remplie d’injustice. Il est souvent maltraité en raison de son prétendu statut de « basse naissance », alors qu’il est en réalité de sang royal. À la fin, même sa mort semble injuste, puisqu’il est tué alors qu’il est sans défense. Pourtant, il atteint les cieux les plus élevés après sa mort, ce qui montre que la justice divine transcende les apparences de ce monde.
En comparaison, Arjuna, le héros du Mahabharata, semble avoir une vie qui se déroule de manière parfaite. Il réussit dans tout ce qu’il entreprend, il est toujours protégé par Krishna, et il remporte la bataille de Kurukshetra. Cependant, à la fin du Mahabharata, lorsque les Pandavas tentent d’atteindre les cieux, Arjuna n’est pas autorisé à entrer dans les plus hauts royaumes en raison d’une petite once de fierté qu’il avait en ses compétences d’archer.
Ce contraste entre Karna et Arjuna met en lumière une leçon importante : la véritable réussite spirituelle ne se mesure pas aux accomplissements terrestres, mais à l’état du cœur et à la connexion avec le divin.
Jour 18 de la bataille de Kurukshetra : la fin de la guerre
Le dix-huitième jour de la bataille marque la fin du conflit sanglant qui a opposé les Pandavas et les Kauravas. Il ne reste plus que quelques guerriers du côté des Kauravas, et la défaite semble inévitable. Duryodhana, désespéré, nomme Shalya comme nouveau commandant en chef de l’armée des Kauravas pour cette journée décisive.
Shalya : un symbole de l’orgueil spirituel
Shalya, frère de Madri, l’une des épouses de Pandu, représente l’orgueil. Son histoire dans le Mahabharata reflète cet orgueil, car il avait initialement l’intention de combattre aux côtés des Pandavas. Cependant, Duryodhana a su flatter son égo et le convaincre de se ranger de son côté. Cette décision symbolise l’orgueil spirituel, un danger subtil qui peut détourner même les personnes les plus engagée sur la voie du dharma.
Shalya, en tant que symbole de cet orgueil, se trouve à la tête de l’armée des Kauravas au moment où elle est sur le point d’être vaincue. Il ne faut pas longtemps pour que Yudhishthira, le plus vertueux des Pandavas, affronte Shalya en duel et le tue.
La défaite de Duryodhana
Avec la mort de Shalya, Duryodhana comprend que la défaite des Kauravas est imminente. Tous ses alliés les plus puissants sont morts, et il ne reste plus aucun espoir de victoire. Ne pouvant affronter cette réalité, il décide de fuir le champ de bataille et de se cacher sous un lac.
Cependant, les Pandavas découvrent rapidement sa cachette. Le moment est venu de mettre fin à cette guerre, mais une question demeure : comment procéder ? Duryodhana doit être vaincu pour que les Pandavas puissent revendiquer le trône d’Hastinapura. Pour régler cette question, il est décidé que Duryodhana affrontera Bhima en duel, armés de masses. C’est ce duel décisif qui déterminera l’issue de la guerre.
Le duel final : Bhima contre Duryodhana
Bhima, le Pandava connu pour sa force brute, se prépare à affronter Duryodhana, le dernier rempart des Kauravas. Le duel est surveillé par Balarama, le frère de Krishna, qui a été choisi comme arbitre. Bhima, motivé par la vengeance pour les torts subis par sa famille, notamment l’humiliation de Draupadi, est déterminé à mettre fin à la tyrannie de Duryodhana.
Le duel commence avec une intensité palpable. C’est une confrontation titanesque entre deux des guerriers les plus puissants de leur époque. Sur le champ de bataille, leurs silhouettes imposantes se dressent, chacun armé de sa masse, prêt à tout pour vaincre l’autre.
Duryodhana, malgré son arrogance et son comportement impitoyable, est un guerrier redoutable. Il est fort, agile, et sa maîtrise des armes est incontestable. En face de lui, Bhima, le deuxième des Pandavas, est tout aussi impressionnant, voire davantage. Sa rage alimentée par les années de souffrance infligées par les Kauravas et l’humiliation de Draupadi le rend encore plus déterminé à en finir une fois pour toutes.
Le duel s’engage avec une violence inouïe. Les deux hommes échangent des coups puissants, chacun tentant de briser la défense de l’autre. Le bruit des armes résonne, créant une atmosphère lourde et tendue. Aucun des deux ne semble céder, et au fil du temps, il devient évident que cette bataille va se prolonger bien plus longtemps que ce que quiconque aurait pu imaginer.
Une lutte acharnée : endurance et volonté
La bataille devient une épreuve d’endurance. Bhima et Duryodhana, malgré leurs forces colossales, commencent à montrer des signes de fatigue. Leurs corps sont couverts de sueur et de poussière, et pourtant, aucun des deux ne montre de signe de renoncement. Le ciel au-dessus d’eux semble s’assombrir au fur et à mesure que la lutte se prolonge. Les autres guerriers, les Pandavas et les Kauravas, observent en silence, conscients que l’issue de ce duel déterminera le sort de la guerre.
Duryodhana, malgré ses blessures, reste confiant. Il est convaincu de son droit de régner. Cependant, Bhima, motivé par ses promesses de vengeance et son engagement envers le dharma, refuse de céder. Le combat atteint alors un point critique, où il devient clair qu’une intervention extérieure pourrait changer le cours des événements.
L’intervention de Krishna : un stratagème divin
Krishna, qui observe silencieusement depuis le début, décide d’intervenir. Il est bien conscient que le duel pourrait durer éternellement, tant la force des deux combattants est égale. Krishna sait que la fin de Duryodhana est nécessaire pour rétablir le dharma. Il communique donc subtilement avec Bhima, lui indiquant par des gestes et des regards où frapper pour mettre fin au combat : les cuisses de Duryodhana.
Cette directive est controversée, car dans un combat à la massue, il est strictement interdit de frapper en dessous de la ceinture. C’est une règle essentielle du code d’honneur des guerriers, car la partie inférieure du corps est considérée comme une zone vulnérable, difficile à défendre.
Bhima hésite un instant, conscient que ce geste serait considéré comme une violation des règles du dharma. Mais son dévouement envers Krishna, ainsi que le souvenir de l’insulte faite à Draupadi, l’incite à agir. Il sait que Krishna ne lui donnerait pas un tel conseil sans une raison valable. Bhima frappe Duryodhana sur les cuisses, infligeant un coup fatal à son adversaire.
La chute de Duryodhana : l’accomplissement d’une promesse
Duryodhana s’effondre, terrassé par la douleur. Le coup porté à ses cuisses brise non seulement son corps, mais aussi son esprit. Bhima, enragé et résolu, déchire les cuisses de Duryodhana. Il avait juré de venger l’humiliation de Draupadi, et en déchirant les cuisses de Duryodhana, il remplit cette promesse. Duryodhana avait osé suggérer que Draupadi, après avoir été perdue au jeu de dés, devait s’asseoir sur ses cuisses!
La fin de la guerre : la victoire et la désillusion
Avec la mort de Duryodhana, la guerre de Kurukshetra touche à sa fin. Le champ de bataille, autrefois animé par le fracas des armes et les cris des guerriers, est maintenant silencieux, imprégné de la tristesse des pertes incommensurables. Les Pandavas, bien qu’ils aient remporté la guerre, ne ressentent pas la joie d’une victoire éclatante. Le prix de cette victoire est bien trop élevé. De nombreux membres de leur famille, amis, et alliés sont morts, et la terre est gorgée du sang des deux camps.
Duryodhana, gisant sur son lit de mort, est approché par les rares survivants de son camp. Ashvattama, le fils du défunt Drona, est l’un des premiers à venir le voir. Malgré la défaite évidente, Duryodhana, toujours aussi obstiné, refuse d’accepter la réalité de la situation. Même à l’agonie, il exhorte Ashvattama à poursuivre la lutte contre les Pandavas.
Aux côtés d’Ashvattama, Kripa, le maître d’armes de la famille royale, et Krita Verma, un allié Yadava de Duryodhana, sont également présents. Ces trois hommes sont les derniers représentants du camp des Kauravas encore en vie.
Malgré leur loyauté envers Duryodhana, ils sont conscients que la guerre est perdue. Néanmoins, Ashvattama, animé par un désir de vengeance, accepte la responsabilité que Duryodhana lui confie : il devient le nouveau chef de l’armée des Kauravas, prêt à continuer la guerre.
La vengeance d’Ashvattama : une nuit de massacre
Alors que la nuit tombe sur le champ de bataille, les Pandavas, épuisés, retournent à leur camp. Malgré la victoire, l’ambiance est morose. Ils ont perdu tant de proches et amis que la célébration semble déplacée. Cependant, cette nuit, alors que tout semble se calmer, Ashvattama, consumé par la haine et la vengeance, met en œuvre un plan macabre.
Accompagné de Kripa et de Krita Verma, Ashvattama s’infiltre dans le camp des Pandavas. Silencieusement, ils pénètrent dans les tentes où les guerriers dorment après une longue journée de bataille. Sans pitié, Ashvattama commence son massacre. Sa première cible est Drishtadyumna, le commandant en chef des Pandavas et l’assassin de son père, Drona.
Mais sa vengeance ne s’arrête pas là. Il s’en prend ensuite aux autres guerriers Pandavas, les tuant dans leur sommeil. Les fils de Draupadi, qui représentent l’avenir des Pandavas, sont également massacrés. Ashvattama est impitoyable.
L’aube de la désolation : le choc et la douleur des Pandavas
Le lendemain matin, lorsque les Pandavas se réveillent, ils découvrent avec horreur l’étendue de la destruction causée par Ashvattama. Les corps sans vie de leurs enfants et alliés gisent dans les tentes. Ce qui aurait dû être une victoire triomphante pour eux est devenu un cauchemar. Draupadi, mère endeuillée, est inconsolable face à la perte de tous ses fils.
Les Pandavas, en particulier Bhima et Arjuna, sont dévastés. Krishna, qui jusqu’à présent avait gardé son calme et sa sagesse, est lui-même rempli de colère face à l’atrocité d’Ashvattama. Bien que la guerre soit officiellement terminée, cette tragédie post-bataille laisse une cicatrice indélébile dans l’esprit des Pandavas et de tous ceux qui ont survécu.
La vengeance de Krishna : la punition d’Ashvattama
Bien que la guerre de Kurukshetra soit terminée et que Yudhishthira soit sur le point d’être couronné roi, l’acte de vengeance d’Ashvattama ne peut rester impuni. Krishna, qui avait juré de ne pas prendre les armes pendant la guerre, décide que ce serment n’est plus valable, maintenant que la guerre est officiellement terminée.
Cependant, tuer Ashvattama est une tâche délicate, car il a reçu une bénédiction divine qui le rend immortel. Krishna sait qu’il ne peut pas ôter la vie à Ashvattama, mais il peut lui infliger un châtiment pire que la mort. Krishna traque Ashvattama et, après une confrontation intense, réussit à lui enlever son joyau sacré, qui est la source de son pouvoir et de sa protection divine. Sans ce joyau, Ashvattama perd tout pouvoir, devenant une coquille vide, condamné à errer éternellement, vivant mais dépouillé de toute force ou influence.
La symbolique du karma : le rôle d’Ashvattama
Dans le symbolisme profond du Mahabharata, Ashvattama incarne les semences du karma, ces actions passées dont les effets n’ont pas encore émergé. Comme le karma est une énergie, il ne peut être simplement effacé. Toutefois, Krishna, en prenant le joyau sacré d’Ashvattama, neutralise cette énergie latente, empêchant ces semences de germer et de porter leurs fruits.
Ashvattama devient ainsi le symbole des désirs et des actions non résolus qui, bien que toujours présents, n’ont plus de pouvoir pour influencer le cours de la vie une fois que l’ego est vaincu. La bataille intérieure est terminée, et Krishna a pris les mesures nécessaires pour libérer les Pandavas et le monde de l’influence destructrice de ce karma.
La fin de la guerre et la montée de Yudhishthira : la conclusion du Mahabharata
Avec la mort de Duryodhana et la punition d’Ashvattama, la guerre de Kurukshetra trouve enfin sa conclusion. Yudhishthira est couronné roi de Hastinapura, réalisant ainsi la prophétie selon laquelle le dharma triompherait. Cependant, la victoire n’apporte pas de satisfaction totale aux Pandavas, car ils ont perdu beaucoup de leurs proches. Ils réalisent que la guerre, bien qu’elle ait rétabli la justice, a laissé des cicatrices profondes et permanentes.
Ainsi, le Mahabharata se termine non pas sur une note de triomphe éclatant, mais sur une réflexion profonde sur la nature du devoir, de la justice et du sacrifice. Yudhishthira, malgré son couronnement, porte en lui la tristesse et la sagesse acquises par cette guerre dévastatrice. Le dharma est rétabli, mais à un coût immense.
Dans les épisodes qui suivent, alors que Yudhishthira gouverne Hastinapura, les Pandavas continuent à vivre avec les souvenirs douloureux de la guerre. Finalement, après de nombreuses années, ils décident de renoncer à leur royaume et de partir pour leur dernier voyage, symbolisant leur détachement du monde matériel et leur quête de libération spirituelle.
Ainsi s’achève cette grande épopée, avec des enseignements éternels sur la vie, le karma, le dharma et la rédemption.
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| Mahabharata, Stri Parva (11.1-18) :
La bataille s’acheva dans un silence amer, Les Kauravas, anéantis, ne laissant que ruines, Yudhishthira, victorieux mais brisé, Qui restait après ce déluge de feu ? Les femmes pleuraient, les mères et les épouses, La guerre était finie, mais la paix était loin, Ceux qui restaient n’étaient que des ombres, |












