Les Tours du Silence, également appelées Dakhmas (du persan dakhmag, signifiant « lieu de sépulture »), sont des structures circulaires surélevées utilisées par les Zoroastriens pour un rite funéraire unique : l’exposition céleste, parfois aussi appelée « funérailles célestes ». Cette pratique visait avant tout à préserver la pureté des éléments sacrés – la terre, l’eau, le feu et l’air – considérés comme des créations divines d’Ahura Mazda. Pour les Zoroastriens, le corps après la mort était impur et son contact direct avec ces éléments aurait constitué une souillure.
L’origine précise de cette tradition se perd dans l’Antiquité perse. Déjà au Ve siècle avant J.-C., l’historien grec Hérodote mentionnait des coutumes similaires chez les Perses. L’architecture des Tours du Silence, telle qu’on la connaît, s’est perfectionnée au fil des siècles, notamment sous l’Empire sassanide (IIIe-VIIe siècles après J.-C.).
Illustration: Tour du silence près de Yazd (Ggia, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)
Description des Dakhmas
Ces constructions, généralement érigées au sommet de collines isolées, loin des habitations, se distinguent par leur forme circulaire, symbolisant le cycle éternel de la vie. Une plateforme surélevée, divisée en cercles concentriques – un pour les hommes, un pour les femmes et un pour les enfants – constituait l’espace d’exposition. Au centre de la tour se trouvait un puits ou une fosse, un ossuaire destiné à recueillir les os une fois nettoyés par les éléments.
Le rituel funéraire
Le rituel funéraire était codifié : après le décès, le corps était lavé, enveloppé dans un linceul et transporté jusqu’à la Dakhma par des porteurs, traditionnellement des hommes de la communauté. Déposé sur la plateforme, le corps était exposé au soleil et aux vautours. Ce processus naturel permettait une décomposition rapide des tissus mous, ne laissant que les os. Après un certain temps, ces derniers étaient rassemblés et placés dans l’ossuaire central.
Plusieurs raisons justifiaient cette pratique. Outre la préservation de la pureté des éléments, elle s’inscrivait dans une vision cyclique de l’existence, considérant l’exposition aux éléments comme un retour à la nature. De plus, l’absence de distinction entre les corps, quelle que soit la richesse ou le statut social du défunt, symbolisait l’égalité face à la mort.
Illustration: Towers of silence, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Déclin et situation actuelle
Cependant, l’utilisation des Tours du Silence a considérablement décliné au XXe siècle. L’urbanisation croissante rendait difficile le maintien de lieux isolés pour ces structures. La diminution drastique des populations de vautours, due notamment à l’utilisation de pesticides, a également perturbé le processus de décomposition naturelle. Enfin, des pressions sociales et sanitaires ont contribué à son abandon progressif.
Aujourd’hui, l’exposition des corps dans les Dakhmas est devenue rare, voire interdite dans de nombreux pays, notamment en Iran. En Inde, où réside la plus grande communauté Parsi, cette pratique subsiste dans quelques lieux, mais des alternatives plus modernes, telles que la crémation solaire, sont de plus en plus courantes.
Parmi les exemples notables, on peut citer les Tours du Silence près de Yazd, en Iran, qui, bien que désaffectées, témoignent de l’histoire et des traditions zoroastriennes. En Inde, des Dakhmas existent encore à Mumbai et dans d’autres villes abritant des communautés Parsi.












