Dans la cosmologie indienne traditionnelle, le concept de Maya joue un rôle central, tissant un lien complexe entre la création, le maintien et la dissolution de l’univers. Cette vision cosmologique offre une perspective sur la nature de la réalité et la place de l’humanité dans le grand ordre des choses.
Selon de nombreuses écoles de pensée hindoues, l’univers est cyclique, passant par des phases répétées de création (srishti), maintien (sthiti) et dissolution (pralaya). Maya est intimement liée à ce processus cosmique, étant à la fois le pouvoir qui manifeste l’univers et le voile qui cache sa vraie nature.
Au début de chaque cycle cosmique, Maya est décrite comme la force créatrice qui émane du Brahman, l’Absolu indifférencié. C’est par le pouvoir de Maya que le Un devient Multiple, donnant naissance à la diversité du monde phénoménal. Dans ce contexte, Maya n’est pas simplement une illusion, mais une puissance créatrice réelle, bien que son produit soit considéré comme illusoire du point de vue de la réalité ultime.
Pendant la phase de maintien, Maya continue d’opérer en perpétuant l’apparence de séparation et de multiplicité. C’est à ce stade que son aspect illusoire devient le plus évident pour les chercheurs spirituels. Les textes védantiques comparent souvent le monde manifesté à un rêve cosmique, une projection de Maya qui semble réelle tant qu’on est immergé dedans, mais qui se révèle illusoire à l’éveil spirituel.
La cosmologie puranique élabore davantage sur le rôle de Maya en introduisant le concept de yugas, ou âges cosmiques. Selon cette vision, l’influence de Maya sur la conscience humaine varie selon les yugas, étant la plus forte dans le Kali Yuga (l’âge sombre actuel) et la plus faible dans le Satya Yuga (l’âge d’or).
Dans certaines traditions tantriques, Maya est personnifiée comme une déesse, souvent associée à Shakti, le principe féminin divin. Cette personnification souligne le caractère dynamique et créatif de Maya, la présentant non pas comme une simple illusion à transcender, mais comme une force divine à comprendre et à maîtriser.
La dissolution cosmique, ou pralaya, est vue comme le moment où Maya se résorbe dans le Brahman. Cependant, même à ce stade, Maya n’est pas complètement annihilée mais demeure sous forme de potentialité, prête à se manifester à nouveau au début du prochain cycle cosmique.
Cette vision cosmologique a des implications pour la compréhension de la nature de la réalité et de l’existence humaine. Elle suggère que notre expérience quotidienne du monde, bien que semblant solide et permanente, est en fait fluide et transitoire. Cette perspective encourage une attitude de détachement et de discernement (viveka) envers les phénomènes mondains.
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