Pacifier l’esprit

Le chemin de la pacification de l’esprit

Afin de présenter la première des pratiques de méditation (le développement du calme mental), nous suivons le fil de cette illustration bouddhiste classique.

Elle représente le voyage intérieur du méditant qui d’un état d’agitation s’exerce et chemine vers un état de souplesse, de félicité et de quiétude. L’esprit est, d’étape en étape, amené à se reposer au sein de sa propre nature.

Afin de suivre aisément ce descriptif, nous avons annoté une représentation schématique de cette illustration que nous vous proposons de télécharger (ici) et d’imprimer.

Cette représentation se lit de bas en haut. Le méditant est ce moine accompagné d’un éléphant et d’un singe. L’éléphant représente l’esprit du méditant et le singe est le symbole de l’agitation, de la dispersion, des émotions et du sentiment égotique qui animent l’esprit.

Le sentier parcouru est sinueux, il compte 6 courbes (le point de départ comptant pour une courbe) qui représentent les 6 forces à appliquer pour progresser (repères de A à F).

On dénombre également 9 étapes (repères de 1 à 9), il s’agit des 9 représentations du moine qui initialement poursuit l’éléphant et le singe, puis les précède et enfin dans la dernière courbe du sentier, se repose à côté de l’éléphant seul (ne sont pas prises en considération les dernières représentations du moine en fin de parcours).

Au départ, le moine quitte le monastère, s’avance sur le chemin et commence à mettre en pratique les enseignements qu’il vient de recevoir. Il est clairement dépassé par les événements, le singe (les distractions, l’ego, etc) excite et entraîne l’éléphant (l’esprit). La course poursuite est entamée, l’éléphant part au grand galop et le moine brandit deux outils encore peu efficaces: le crochet du dompteur qui symbolise les qualités de vigilance et la corde qui évoque le pouvoir de la mémoire des instructions reçues ainsi que le « rappel » qui permet au méditant de revenir à l’état d’attention.

Le singe et l’éléphant, sauvages, sont de couleur sombre. Pour le premier cela évoque toute l’intensité du pouvoir de distraction et d’agitation et pour le second cela manifeste la profondeur de l’état de mollesse et de torpeur. Au fil du chemin la couleur sombre fait place à la clarté, qui s’installe progressivement, de la tête aux pattes, indiquant la régression de l’agitation et de la torpeur et l’installation de la quiétude.

D’étape en étape…

1. La première étape est appelée : l’étape du « placement de l’esprit (1) » car le pratiquant s’efforce de poser son esprit sur un objet de méditation. La force mise en oeuvre (le point de départ) est la « force de l’écoute (A) » des instructions que le méditant a reçues d’un Maître de pratique. Mais l’esprit sautille et se disperse aisément et, sans contrôle, il est entraîné par le bruit mental, les émotions et le fort sentiment d’individualité (ego). La distance séparant le méditant de son esprit est importante.

2. La première courbe du sentier étant franchie, le méditant utilise maintenant la « force de la réflexion (B) », c’est l’étape du « placement continu de l’esprit (2) ». Les capacités de concentration augmentent et l’esprit peut rester plus longuement posé sur l’objet de méditation. Le singe et l’éléphant ralentissent leur course mais il n’en demeure pas moins que le moine est distancé. La robe des animaux s’éclaircit, cela exprime un accroissement de la lucidité pour l’éléphant et du calme pour le singe. L’objet médité est observé plus aisément.

Les feux au bord du sentier, puissants au début du parcours, vont en s’amenuisant. Ils figurent la réduction progressive de la somme des efforts requis pour soutenir l’application des qualités de vigilance (crochet) et du pouvoir de la mémoire des instructions reçues (corde). Plus le méditant s’avance sur le chemin, moins cela lui requiert d’énergie, les flammes faiblissent pour finalement disparaître à la septième étape.

3. Par l’application de la « force de la mémoire et du rappel (C) », le pratiquant acquiert l’habileté de ramener plus aisément l’attention sur l’objet médité, c’est l’étape du « placement répété (3) ». La corde est passée au cou de l’éléphant qui, ainsi que le singe, regardent vers l’arrière. Le méditant ne court plus derrière son esprit, un lien direct les relie.

Plusieurs objets (une écharpe, une grappe de trois fruits, une conque, des cymbales et un miroir) sont parsemés en bordure de chemin, ils représentent les causes des distractions : les objets des cinq sens.

4. L’agitation et la torpeur faiblissant encore, le pouvoir de l’attention, de la mémoire et du rappel s’intensifient encore et la quatrième étape est atteinte, celle du « placement soutenu (4) ». Le moine se rapproche plus encore de l’éléphant.

A ce niveau du parcours (étape 3 et 4), la torpeur grossière faiblit. Le méditant utilise ses facultés de rappel pour établir un lien direct et continu avec son esprit, ce qui met en évidence une forme subtile de torpeur, ignorée jusqu’alors. Elle est représentée par le lièvre, juché sur le dos de l’éléphant, qui verra lui aussi sa robe sombre s’éclaircir progressivement.

5. Par l’application de la « force de la vigilance (D) », la situation se renverse. Le moine précède et guide l’éléphant par un usage continu de son attention (crochet) et de ses capacités de rappel. Le singe est à la traîne agrippé à la queue de l’éléphant, ainsi l’agitation cesse d’être une gêne importante. Le lièvre est toujours présent. C’est l’étape du « domptage et de la discipline (5) ». La scène est plus calme.

Dans un arbre, un singe de couleur claire déguste et savoure les fruits résultant des activités vertueuses dans lesquelles naturellement le méditant a commencé à s’engager. Cependant, lors de la session de méditation, les pensées qui se tournent vers la vertu sont elles aussi à considérer comme une forme de distraction. Ainsi l’arbre est de couleur sombre et n’est qu’une halte temporaire à l’écart du chemin.

6. La « pacification (6) » caractérise cette sixième étape. Le méditant est habile à dirigé sa méditation, même s’il n’y applique plus son pouvoir d’attention (crochet). Le lien du rappel demeure cependant noué au cou de l’éléphant. La progression devient aisée d’autant plus que la torpeur subtile (le lièvre) a quitté la scène.

7. L’agitation mentale (le singe) est apaisée, et même si elle venait à s’élever sensiblement, il est possible de l’éteindre sans véritable effort. L’éléphant chemine sans avoir à être diriger. Le méditant est au repos, il n’est plus besoin du crochet de l’attention et de la corde de la mémoire. La « pacification complète (7) » est acquise par la « force de la persévérance enthousiaste (E) ».

8. Le singe de l’agitation, de la dispersion, des émotions et du sentiment égotique n’est plus. La flamme de l’effort nécessaire a également disparu. L’éléphant évolue docilement, sa robe est claire, sans tache. La méditation est naturelle et continue. C’est le stade de la « concentration en un point (8) ». L’esprit, une fois posé sur l’objet de méditation, y reste fixé aussi longtemps que désiré, sans perturbation.

9. Grâce à la « force de l’accoutumance (F) », l’habileté à maintenir l’attention sur l’objet de méditation, sans effort intentionnel et sans interruption, est acquise. Le moine et l’esprit sont tous deux au repos, en paix, dans un état de complicité, comme peuvent l’être deux vieux amis. Il n’est plus d’obstacle à la méditation. C’est la dernière étape du voyage du développement du calme mental, c’est la « pacification spontanée (9) » de l’esprit. Le méditant fait des expériences d’allégresse et de ravissement illustrées par le moine, léger et libéré, volant dans les airs.

Et ensuite… Une dernière scène indique que le voyage se poursuit. Le calme mental est obtenu et, conjointement, une autre pratique trouve sa place : le développement de la « vision profonde ». Il y a un regain d’activité, les flammes de l’effort sont à nouveau présentes. Le méditant va à la découverte de cet esprit clarifié et apaisé. Le moine, chevauchant l’éléphant, tranche de son épée (la connaissance) flamboyante deux faisceaux noirs qui émanent de son corps. Et c’est ainsi que le méditant, afin d’examiner la nature et la vastitude même de l’esprit, la plénitude du pur esprit, est amené à trancher les voiles des passions et de la dualité.

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