Samasthiti: être debout

Samasthiti est sans doute la posture qui exprime le mieux la démarche spirituelle de l’homme contemporain.

Quand bien même nous gardions au fond de nous la nostalgie de la cabane ou de la grotte, à l’abri des agressions du monde et dans la beauté d’une nature silencieuse, nous savons que cette situation reste exceptionnelle et ne concerne qu’un tout petit nombre d’entre nous. Est-ce pour autant qu’il faille renoncer à l’élan transformateur? Sûrement pas! Il nous faut « seulement » trouver une voie de conciliation entre nos engagements existentiels et spirituels. Et cette voie reste à trouver par et grâce au Yoga car il ne présente pas d’exclusion et s’inscrit dans une tradition vivante et multiforme: Râja-yoga, Karma-yoga, Bhakti-yoga, Hatha-yoga, Jnâna-yoga…

Autant dans la retraite que dans la vie sociale ou privée, nous pouvons pénétrer des états de conscience et de présence à l’intériorité pendant lesquels il est possible d’échapper à toute intrusion perturbante de l’environnement. C’est le mouvement habituel de la méditation qui va vers une « rentrée » en soi. Mais le mouvement inverse est tout autant possible: porter sa conscience à l’extérieur de soi, non pas pour « saisir » le monde par nos sens et notre psychisme mais pour donner au monde l’occasion de dévoiler son essence. Ces deux orientations de la méditation: en soi et hors de soi, posent l’équation d’une identité de nature entre microcosme et macrocosme.

Si l’ultime degré de la réalisation est la cessation de toutes perturbations mentales, condition sine qua non pour percevoir notre « vrai nature », il y a dans la notion de progression chère à Patanjâli, une mise en route, un mouvement intérieur. Avant que d’être des « libérés vivants », soyons d’abord humains, pleinement humains.

Samasthiti atteste de notre solidarité au monde et de notre capacité à assumer notre condition humaine quels que soient les événements qui la constitue. Avant d’atteindre de hautes sphères spirituelles, ne faut-il pas d’abord s’amarrer, s’ancrer, construire de la solidité et de la stabilité (=stha) dans le corps et l’esprit sans quoi nous risquons tous les dangers de l’égarement et de l’errement? C’est pourquoi les yama et niyama constituent les pilliers de la discipline: ils la balisent pour nous conduire vers une droiture de corps et d’esprit. En cherchant la rectitude envers soi et les autres, c’est l’homme debout que nous rencontrons et la route peut être longue avant que de s’asseoir!

(Extrait de « Etre debout » de Marie-Christine Leccia, publié dans la Revue Française de Yoga, n° 32, « Etre debout, marcher », juillet 2005)

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