Un équilibre qui doit respirer

Qui dit équilibre, parlant de l’homme vivant, dit mouvement, gestes, attitudes.

Il y a longtemps que les grandes traditions spirituelles ont pris conscience que nos gestes et attitudes constituent un miroir, le miroir le plus véridique de nos états intérieurs, conscients et inconscients. Et elles s’en servent comme instruments d’acquisition de la sagesse. L’équilibre n’est jamais donné d’emblée. Voyez le temps que met un bébé pour le trouver, lui qui apprend si vite, et la grande aventure de ses premiers pas. Les traditions chinoises et japonaises ont donc retenu une grande variété de gestes et attitudes à cultiver pour rechercher l’équilibre, celui du corps entraînant celui de l’âme et vice versa […]

La délicatesse du geste de calligraphe commence dès l’instant où l’on saisit le pinceau par le milieu du manche et du bout des cinq doigts. Cette saisie très précise et très ferme commande la suite. Les gestes qui seront faits ne seront pas une petite agitation du bout des doigts: non seulement ils seront des gestes d’un bras et d’un poignet souples, mails ils viendront du centre du corps (le « hara », centre vital) et seront animés par la respiration. Ce ne sont pas des gestes purement tournés vers l’objectivation, là, devant nous, mais des gestes dans lesquels nous nous engageons tout entier, jusqu’à notre inconscient inclusivement.

C’est pourquoi il y a énormément de qualités d’équilibre dans ce geste. Comme tous les gestes vivants, c’est un équilibre qui doit intégrer beaucoup d’air, il doit respirer. Tant que nous restons intimidés, maladroits, constipés, resserrés, nous vacillons, nous barbouillons. Il faut beaucoup travailler pour le « purifier ». Un beau geste, patiemment répété et bien mis au point, devenu enfin naturel, est un geste « pur ». Les pratiquants de yoga peuvent faire la comparaison avec, par exemple, un équilibre debout sur un pied: cet équilibre peut devenir pur et beau lorsqu’il est décrispé et bien respiré. Et à ce moment ses effets changent de plan, ils dépassent le plan d’un apprentissage purement psycho-physique pour atteindre celui d’une évolution plus proche de la vie spirituelle.

(Extrait de Equilibre, instant de « Grace »… ou fruit longtemps muri, de Bernard Rerolle, publié dans le n°4 / Janvier 2009 de la Revue Française de Yoga : Equilibres sur les pieds).

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