Altruiste et égoïsme

Comment faire naître en nous cette ouverture du cœur relative, cet amour et cette compassion ? (Extrait d’Un coeur sans limites de Bokar Rimpoché)

Nous nous appuyons tout d’abord sur la prise de conscience de ce que nous devons à tous les êtres, de la bonté qu’ont eue tous les êtres envers nous. Nous pensons en premier lieu aux personnes qui, en cette vie, sont les plus proches de nous, nos parents ou nos amis, et nous réfléchissons à tout ce qu’ils nous ont apporté, tout ce qu’ils nous ont donné, combien ils ont été bons envers nous.

Puis, nous réfléchissons à la nécessité de les aider à notre tour, aux moyens de les sortir de leurs difficultés et de leurs souffrances. Nous élargissons ensuite notre champ de vision et pensons à tous ceux, quels qu’ils soient, qui ont fait quelque chose pour nous d’une manière ou d’une autre et envers qui nous sommes redevables. Progressivement, nous englobons la ville où nous habitons, notre pays, la Terre entière et tous les êtres.

En raison du voile de l’ignorance, il ne nous est pas possible de voir maintenant la bonté de tous les êtres à notre égard. Seul un éveillé peut en être conscient et nous le dire. C’est donc lui qui nous révèle que depuis des temps sans commencement, au cours de nos vies passées, tous les êtres ont été notre père et notre mère, tous ont eu pour nous une extrême bonté, se sont occupés de nous.

L’enseignement du Bouddha et notre propre réflexion sont ainsi les deux moyens qui font naître en notre esprit l’amour et la compassion pour tous les êtres. Pour la transformation de l’esprit, nous avons d’abord besoin de cette prise de conscience.

Dans les enfers, les êtres souffrent d’un feu ou d’un froid intenses ; dans le monde des esprits avides, ils souffrent d’une faim et d’une soif continuelles et, dans les autres classes d’êtres, d’autres souffrances sont expérimentées. Nous pouvons réfléchir de la manière suivante : « Si c’était moi qui souffrais des enfers brûlants ou gelés, ou bien moi qui souffrais de la faim et de la soif, qu’est-ce que je ressentirais ? » Ou encore : « Si c’était un ami, un proche très cher, qui brûlait devant moi, qu’est-ce que j’éprouverais ? » Si nous comprenons que les êtres qui souffrent maintenant ont eu dans le passé un lien très proche avec nous, et nous ont témoigné une très grande bonté, face à leurs tourments nous ne pourrons qu’éprouver un immense amour et une immense compassion. C’est pourquoi il nous faut nous exercer à ce type de réflexion.

Développer une attitude de bonté, d’amour et de compassion entraîne de très grands bienfaits. Pour les autres d’abord, puisque cela nous conduira à les aider quand nous serons en situation de le faire; ou bien si nous ne pouvons rien pour eux maintenant, viendra certainement un temps où nous pourrons leur apporter notre aide. Cette attitude nous empêchera aussi de faire du mal ou d’être violents. Mais aussi pour nous-mêmes, le sentiment de reconnaissance et d’amour sera d’un grand bénéfice. Pourquoi cela ? Parce que notre bienveillance et notre affection pour les autres nous attireront en retour leur bienveillance et leur affection. Sans compter que nous progresserons par là vers l’éveil.

Le contraire de l’esprit altruiste, tourné vers les autres avec amour et compassion, c’est l’esprit qui se chérit soi-même, l’égoïsme. Cet égoïsme engendre beaucoup de défauts, beaucoup de difficultés. Tout d’abord de l’égoïsme procèdent de nombreuses perturbations : attachement, colère, jalousie, avidité, orgueil, etc. ; celles-ci induisent beaucoup de karma négatif et l’ensemble nous fait tourner sans cesse dans le cycle des existences. L’égoïsme nous conduira donc à un grand nombre de souffrances dans nos vies à venir. En cette vie même, l’égoïsme produit de mauvais fruits: il prive notre esprit de la paix, il entraîne des difficultés pour les autres, parfois de manière violente. L’esprit égoïste, en fait, ne contient que des défauts et ne recèle jamais aucune qualité. Si nous voulons nous appliquer à la transformation de l’esprit, il faut bien le comprendre. C’est pourquoi, dans le texte de la Transformation de l’esprit en sept points, il est dit : Cultive la reconnaissance envers tous et n’adresse tous les blâmes qu’à un seul. Par l’amour que nous leur portons, les êtres sont en effet la source de toutes les qualités ; par l’égoïsme que nous nourrissons, nous sommes nous-mêmes la source de tous les défauts. Sachons-le bien !

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