La non-respiration (pranayama)

Voici le commentaire que laisse Jean Bouchart d’Orval dans sa traduction des Yoga Sûtras de Patanjali au sujet du pranayama et de l’aphorisme:

Nous pouvons alors développer notre énergie en pratiquant la non-respiration, le pranayama
(Yoga Sutra, II-49)

Le prâna est l’énergie vitale; celle-ci n’a pas de forme spécifique et peut donc toutes les emprunter. C’est l’énergie avant même qu’elle ne se manifeste sous une forme quelconque. Tout ce qui bouge, tout ce qui pense, tout ce qui change, est une expression de l’énergie vitale.

Son expansion est donc essentielle si nous désirons effectuer le saut qui attend la pensée en chemin. Afin de pouvoir percer le voile de l’illusion, il convient non seulement de prévenir les fuites indues de l’énergie vitale, mais aussi d’en laisser la subtilité s’exprimer (…)

Nous pouvons déjà recueillir un immense bienfait, simplement en observant notre respiration. Par la respiration, l’énergie circule d’une façon éminemment perceptible. Un mental calme se traduit par une respiration lente et profonde; à l’inverse, une respiration posée engage le mental à la paix et favorise l’émergence de l’Esprit.

Le mot hébreu rouha, le mot grec pneuma et le mot latin spiritus désignent tous à la fois le souffle et l’Esprit. Jésus ne déclare-t-il pas à Nicodème: « Le vent (l’Esprit) souffle où il veut; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va » (Jean 3,8).

A première vue, le pranayama vise à mener l’attention au-delà du cycle normal d’inspiration et d’expiration. L’être humain « normal » inspire et expire, d’une façon plus ou moins consciente, plusieurs fois par minute. Mais il respire de l’air, sans plus; du moins c’est ce qu’il croit… Le fait est que ce qui se passe au niveau physique reflète le mouvement de l’énergie subtile.

Il s’agit de prendre conscience de ce mouvement subtil. Quand nous inspirons, nous devenons quelqu’un; quand nous expirons, nous devenons personne. Tel est le sens attaché au flot de l’énergie subtile et cela résume parfaitement le paradoxe qu’est l’homme, qui est homme et Dieu, mortel et immortel, limité et illimité. La dualité fondamentale de l’être humain s’exprime à merveille dans cet incessant va-et-vient du flot de l’énergie.

La respiration joue un rôle clé dans l’élévation spirituelle, car le diaphragme représente une véritable porte entre le monde de l’émotivité (le plexus solaire) et celui de l’ouverture universelle (le plexus du coeur). La maîtrise du diaphragme subtil permet de franchir la distance qui sépare les deux. Il est question d’une suspension du souffle, d’une cessation, car c’est bien ainsi que nous pouvons ressentir la non-respiration et que le prana gagne en puissance.

Jean Bouchart d’Orval, est physicien nucléaire à l’université de Montréal. Il commence à méditer au début des années quatre-vingt. Au cours d’un voyage en Inde, à Kullu dans l’Himalaya, il rencontre Swami Shyam avec qui il adapta ces Yogas Sûtras. Patanjali et les Yogas Sûtras aux éditions: le Relié Poche.

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