Conscientiser la respiration

« Les temps du souffle à réguler sont l’expir, l’inspir et le suspens. En portant l’attention sur le lieu, leur durée et leur nombre, on obtient un souffle allongé et subtil. » (Yoga Sutra, II,50)

Voici un extrait du commentaire que fait Alain Delaye de cet aphorisme sur le pranayama dans son petit livre: Aux sources du yoga:

Avec la discipline du souffle (prâna-âyama), le Yoga-Sûtra introduit un nouveau facteur de régulation et d’équilibre: « L’expir et la rétention du souffle stabilisent aussi le mental. » (I,34)

Autant la posture est par nature statique, autant le souffle lui est mobile. « C’est un merveilleux mouvement d’inspir et d’expir qui se fait de façon ininterrompue. Cette énergie respiratoire, prânique, dit Vimala Thakar, ne connaît pas le repos. Son mouvement continue 24h sur 24. » (Le Yoga au-delà de la méditation, p.120) Pourtant, son fonctionnement connaît des obstacles et Patanjali donne comme objectif au prânâyâma de les surmonter.

Le prânâyâma consiste à conscientiser la respiration, à se mettre à son écoute et, sans la forcer, à l’aider à s’amplifier, à se ralentir et à se rythmer.

En matière de rythme, les Upanishads du yoga recommandent la « tenue du souffle » qui consiste à garder l’air entre l’inspir et l’expir. Vimala insiste sur la prise de pauses entre l’inspir et l’expir, mais aussi entre l’expir et l’inspir. « Dans le mouvement de la respiration, dit-elle, on peut instaurer un intervalle appelé kumbhaka. Celui-ci peut se faire de deux façons: entre l’expir et l’inspir et entre l’inspir et l’expir. Cet intervalle permet à l’énergie véhiculée par le souffle, au prâna, de fuser dans tout l’organisme. Bien sûr, dit-elle, le sang s’enrichit en oxygène mais c’est bien plus que cela. Vous laissez le souffle atteindre les parties les plus subtiles de votre être et les purifier. » (Le Yoga au-delà de la méditation, p.121)

L’air inspiré ainsi maintenu permet au prâna, à l’énergie vitale, de « remplir la jarre » (kumbakha) du corps et l’expir maintenu de la vider de ses résiduus.

Les deux suspens préconisés par Vimala équilibrent les deux temps de l’inspir et de l’expir et en prolongent les pouvoirs vitalisants et purifiant. Ils réalisent deux mouvements forts: celui d’une plénitude et celui d’une vacuité. Le premier fait du yogi un être parfaitement inspiré, en osmose avec le cosmos environnant, le deuxième un être détaché, réalisant au niveau du souffle ce que Vimala appelle « l’art de mourir pendant qu’on est vivant » (PDF à télécharger pour un commentaire de Vimala sur ce sujet).

Par ailleurs, la pratique du suspens introduit dans le souffle une immobilité qui ne lui est pas naturelle mais qui l’apparente à la stabilité de la posture et, plus profondément, à la paix du purusha. Elle contribue à la réalisation de l’état de yoga qui réside, nous dit Patanjali, dans « le suspens des fluctuations du mental » (I,2)

Comme Vimala, Mircéa Eliade relève que « le prânâyama est une attention dirigée sur la vie organique, une connaissance par l’acte, une entrée calme et lucide dans l’essence même de la vie. » (Le Yoga, immortalité et liberté, p.67)

Même si nous n’en avons pas conscience, notre respiration est souvent chaotique car elle est liée à nos émotions et à nos soucis. Le prânâyama a pour effet, comme les âsanas, de réguler, d’apaiser notre mental.

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